LETTRE À CETTE MAISON

Camzer & la nouvelle lettre

Camzer & la nouvelle lettre
5 min ⋅ 19/06/2025

Chère toi,

Très chère toi.

J’ai envie de t’écrire depuis longtemps. Je ne sais pas pointer du doigt ce qui m’a autant retardé dans ce courrier. Un peu d’appréhension. Je crois que malgré toutes mes belles paroles, il m’est encore difficile de me pencher sur les sensations que me procurent notre séparation. Et que dans le doute, j’ai une pratique redoutable, passée de mère et père en fille. Tu la connais bien, tu l’as vue s’exercer pendant de nombreuses années. L’esquive, bien sûr. 

On s’est rencontrées toi et moi avant même que tu n’existes, en fait. J’ai entendu parler de toi pour la première fois concrètement dans l’ancienne chambre de mon frère, assise sur son lit à ses côtés. Mon père avait pris une craie et dessiné tes plans sur le tableau noir de L. On était là tous les quatre, un peu excités. Ça fait toujours ça quand les parents incluent les enfants dans les décisions importantes de la famille. Là, c’était important. Il allait te présenter à nous.

Je t’ai aimé tout de suite. Normal, à côté des anciens appartements dans lesquels je me sentais confinée sans en avoir conscience, je découvrais le luxe d’une maison : pouvoir courir sans gêner les voisins du bas — les pas d’éléphant devenaient alors simplement des pas pleins d’humeur. Pouvoir hurler de rire sans qu’on me rappelle de faire doucement, pouvoir passer de l’intérieur à l’extérieur, comme ça, pieds nus même !, sans avoir à descendre deux étages et l’odeur de soupe et de tabac des voisins. Être dans le salon et la seconde d’après courir dans le jardin.

On s’est bien entendues dès la première seconde.

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Camzer & la nouvelle lettre

Par Camille Garcia