ou comment j'ai réalisé que je peux maintenant dire "il y a 20 ans"
On est le 27 février 2026. C’est un jour comme un autre, un jour de travail, un jour de semaine. Les 30 ans d’une amie aujourd’hui. On est le 27 février et me revoilà, avec ma newsletter qui bute un peu dans ma tête ces derniers temps. J’ai la sensation d’avoir trop de choses à vivre et trop peu de temps pour réfléchir au reste, trop peu de temps pour écrire. Je réalise que je ne vous ai pas souhaité bonne année. Que ladite année a commencé très vite, précipitée, et que sentant poindre le stress un peu plus fort dans ma vie que d’habitude, j’ai fait ce que j’aime faire, surtout en hiver : me mettre en retrait. Occuper mes mains. Tricoter. Faire du pain. Laisser du silence dans ma tête.
Aujourd’hui j’ai fait quelque chose que l’on fait rarement dans la vie, du moins dans mon cas. En participant à une formation que j’avais suivi il y a quelques temps, non plus comme formée mais comme « récit de l’après », une opportunité pour les formées (je l’écris au féminin, il y avait un homme dans tout le groupe, bon) de me poser des questions pratiques sur les éléments que j’avais pu mettre en place ou non à la suite de ladite formation. J’ai donc pu : faire le point. En discutant avec la formatrice, C., une amie qui m’est chère, elle me disait que c’était chouette pour elle de m’entendre parler de notre job commun, que j’avais changé depuis trois ans, sûre de moi, j’avais gagné en confiance. Nous avons continué à nous raconter des choses entre copines pendant sa pause, puis nous nous sommes quittées et sur le retour, je me mis à penser à ça, à la personne que j’étais il y a trois ans. Avant mes 30 ans !, avant d’être tatie !, avant d’être intermittente !, avant la double fracture !, avant tous mes hobbies d’ailleurs !, avant de déballer tous mes cartons chez nous, et tous mes secrets chez la psy.
On m’a demandé aujourd’hui quel était le point négatif dans mon travail, le sourcil levé, presque méfiant : oui parce que là vous en parlez toutes les deux et on a l’impression que c’est super mais quels sont les points négatifs selon vous ?
J’ai réfléchi. J’ai tellement lié le travail à la souffrance toute ma vie avant ça, je me suis tellement blessée de tous les côtés, j’ai tant bossé pour des gens sans les estimer une seule seconde. Quand le problème dans ma journée c’est seulement d’attendre des réponses, c’est que le travail est : vraiment ok.
Je ne sais pas si j’aurais pu éviter toute cette souffrance et passer directement au stade où je vais bien. Mais je ne crois pas, il semble qu’on ait toutes et tous besoin d’expérimenter nos limites. Et si l’erreur était une chance ? Si l’accident était un rebond ?
J’avais l’impression, en écoutant ces femmes parler, que ma réponse allait toujours être la même : fais comme tu le sens, connais toi toi-même, fais comprendre tes besoins à tes équipes, ça ne se passe pas toujours mal, il y a même des fois où ça marche super. Merde, une vraie coach de vie. Mais aujourd’hui, je ne me suis pas dit comme d’habitude que j’ai de la chance, je me suis je suis fière de devenir ce que je deviens.
Bon, après je me ronge toujours les ongles, personne n’est parfait, même les coachs de vie.
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